Quand la lettre devient image : dialogue entre typographie et pédagogie
La typographie naît de la rencontre entre un besoin ancestral – celui de reproduire l’écrit – et une révolution technique : l’invention des caractères mobiles. Dès le XIᵉ siècle, en Chine et en Corée, des caractères en bois, terre cuite puis métal permettent déjà d’imprimer des textes.
Mais c’est Johannes Gutenberg, au milieu du XVᵉ siècle, qui met au point en Europe un système complet associant caractères métalliques, encre grasse et presse.
Cette innovation rend possible l’impression rapide, reproductible et diffusée à grande échelle, transformant durablement la circulation du savoir.
Elle structure l’édition moderne et fonde ce que l’on appelle aujourd’hui l’art typographique : le dessin, le choix et la mise en page des lettres au service de la lisibilité et de l’esthétique.
Un parallèle intéressant peut être établi avec le Sillabario Paschetta, série de grands panneaux illustrés conçus par Giorgio Paschetta pour l’apprentissage de la lecture à l’école primaire et maternelle.
Là où la typographie « classique » cherche la régularité et la reproductibilité des caractères, Paschetta aborde la lettre comme image vivante : chaque signe devient à la fois support de son et de sens, dans un univers graphique expressif qui rend l’alphabet ludique et mémorable. Ses créations prolongent, à leur manière, l’intuition première de la typographie : organiser la forme des lettres pour rendre le langage plus accessible – en y ajoutant une dimension pédagogique et narrative.

Deux créateurs, deux visions de la lettre
Gutenberg : la lettre comme outil industriel
Le système typographique de Gutenberg repose sur la conception de caractères métalliques standardisés, fondus dans un alliage de plomb, d’étain et d’antimoine à partir de poinçons d’acier et de matrices en cuivre. L’objectif est la répétition parfaite : chaque lettre doit être identique, robuste, réutilisable et parfaitement alignée, permettant l’impression mécanique en série de pages entières.
Paschetta : la lettre comme image pédagogique
Le Sillabario Paschetta, quant à lui, se présente comme une série de cartelloni illustrés, dessinés à la main pour aider les enfants à apprendre l’alphabet. Ici, chaque lettre devient une composition graphique singulière : typographie, illustration et récit visuel fusionnent pour associer son, forme et image, au service de la compréhension et du plaisir d’apprendre.
Gutenberg crée un système technique et industriel : des caractères normalisés pour diffuser massivement le texte. Paschetta imagine un système visuel et éducatif : des lettres uniques, expressives, conçues pour éveiller la curiosité. En somme, Gutenberg fige la lettre pour mieux la reproduire ; Paschetta la réinvente pour mieux la faire comprendre.
Typographie et communication moderne
Aujourd’hui encore, la typographie demeure un levier essentiel de communication, à la croisée du fond et de la forme. Une police, un contraste ou un interlignage peuvent à eux seuls évoquer un univers : sérieux institutionnel, innovation technologique, proximité humaine…
Dans le design digital, elle structure l’expérience utilisateur : hiérarchie de l’information, lisibilité sur écran, cohérence entre site, réseaux sociaux et supports imprimés.
Véritable vecteur d’identité visuelle, la typographie participe pleinement à la construction d’une marque, au même titre que le logo ou la couleur.

